L’Edito du Festi’val #17(bis)

Edito du Festi’Val d’Olt 2021…

écrit au théâtre municipal de Mende occupé. 

Vie de merde et mort à la con d’un monde révolu

Le jour où c’est arrivé, ça a provoqué la dispersion du troupeau. Les bêtes apeurées ont fui pour se protéger de la menace. Éparpillé dans la tempête, chaque membre de la harde ne pensait qu’à courir le plus loin, le plus vite et le plus longtemps possible pour tenter d’échapper à la catastrophe. C’en était fini des rapports sociaux, des bons sentiments et autres amabilités cordiales. Seuls les instincts les plus primaires pouvaient nous permettre d’espérer s’en tirer.

Nous sommes retournés dans la forêt protectrice, notre refuge à tous, désorganisés et sans moyens de communication.

Peur de la mort et encore plus peur de se perdre définitivement les uns, les autres. 

Il nous a fallu réapprendre la vie sauvage après le confort de celle domestiquée. Pour survivre, nous nous sommes débarrassés de toutes les frusques de la civilisation, on a ré-appris à bouffer les lichens et les mousses, gober les vers de terre et la vermine, ronger les pissenlits par la racine.

On a ressenti le froid, les pluies nocturnes sur notre pelage et le vent chargé d’odeurs musquées dans nos naseaux. L’instinct le plus sauvage est remonté du fond de nos êtres et petit à petit nous a reconnecté avec la Nature, en dormant à même la roche ou la branche, nous avons retrouvé une place dans ce monde bestial, appris à nous orienter au rythme du soleil, à communiquer dans le langage commun de la Sauvagine, de ceux qui ont l’habitude de sauver leur peau au détriment de celles des autres, bouffer ou être bouffé! Amaigris, efflanqués, mais un peu rassurés, le souvenir de la route nous est revenu. La carte s’est dessinée dans le ciel étoilé et nous nous sommes mis en chemin chacun de notre côté, un peu moins animal car mû par un but commun :

Nous retournerons à Olt !

Dans les méandres des ruisseaux et des torrents, nous avons remonté le temps jusqu’aux sources, comme Alice retourne à son pays merveilleux, euphoriques et hédonistes de cette nature retrouvée. Mais nous sommes allés au delà, nous avons continué à grimper les rancs de notre désert, à courir les crêtes arides avec un seul espoir solidement chevillé au corps;

Nous retournerons à Olt !

Un matin après une nuit de cavale, m’arrêtant dans une mare boueuse pour étancher ma soif et soulager le feu de mes blessures, je les vis enfin! Là en contrebas dans la clairière, à la lisière du Pays Imaginaire, la petite troupe éparpillée s’était enfin retrouvée à nos sources originelles ! On commença par se jauger prudemment, humant l’air de chacun, flairant une éventuelle menace qui nous séparerait à nouveau. Craintifs, nous nous étions ensauvagés un peu trop. Mais dans un peau à peau salutaire, il ne nous fallut que quelques instants pour que notre instinct grégaire nous revienne, après tout nous n’étions que des animaux de troupeau,dépendant de nos règles relationnelles pour étalonner nos émotions, sentiments, et pensées. Ce drôle de jeu pouvait nous faire passer individuellement pour un peu con, mais c’est lui qui nous permettait de partager amitiés, amours et goût commun pour le beau. 

Nous avons fêté nos retrouvailles comme il se doit et sommes ressortis des bois, enrichis de cette expérience forte, affamés de joies simples et du besoin de se retrouver, de renouer les liens qui nous unissent si fort. Nous ne nous perdrions plus les uns, les autres !

Besoin aussi de se reconnecter aux autres troupeaux pour voir comment ils vivaient l’événement, mettre en commun nos peurs et craintes. Impression que les bergers avaient leur part de responsabilité et que les chiens de garde grognaient de plus en plus fort, mais nous n’avons pas oublié notre séjour bestial et avons repris du poil de la bête. Nous nous sommes organisés et avons manifesté, une fois, deux fois, nous avions un peu moins peur et décidions de se réfugier tous ensemble au théâtre, habiter le phare pour attirer tous ceux qui ont besoin de s’exprimer. Garder le sanctuaire pour être sûr qu’on ne l’oublie pas.

Pas essentiel…

Mais carrément vital!

Aujourd’hui, alors que semble poindre la lumière au bout du tunnel, nous souhaiterions qu’il apparaisse à tous la nécessité d’inscrire la Culture et les Arts dans notre patrimoine de biens communs à défendre, plus importants pour une société se pensant bien portante que les valeurs de la consommation et du travail.

Pour la deuxième année consécutive le Festi’val d’Olt n’aura pas lieu, en tous cas pas sous sa forme traditionnelle. Ça nous attriste, ça nous met en colère, mais nous n’aurions pas pu assumer de vous retrouver, séparés, distancés, parqués, masqués, contrôlés. Nous avons mis à profit ces temps de doute pour nous retrouver et réfléchir à ce que nous voulions ou pas pour le festival. On a tâtonné entre les annonces, jonglé avec les protocoles pour aboutir à une proposition que l’on veut qualitative. Nous aurons le plaisir de vous retrouver pour trois dates, trois belles rencontres entre artistes et publics sur notre territoir oltesque, les 26 et 27 juin au Bleymard pour bien commencer avec les amis Du plus petit espace possible, les 24 et 25 juillet autour du Détachement International du Muerto Coco à Saint Julien du Tournel et les 11 et 12 septembre nous aurons le plaisir de retrouver Les Marcels et ses Drôles de femmes à Bagnols les Bains. Trois formules misant sur le plaisir simple de nos retrouvailles. 

Mais en attendant l’orgie culturelle du Summer of love qui s’annonce, promettons-nous un printemps bouillant dans les rues! Au plaisir de vous retrouver!